PROLOGUE
Il y a sept ans,
Le 4 novembre, Saint-Maur-des-Fossés
Pourquoi ?
Un mot. Une pensée. La dernière de Pierre Delormes. Une question qui demeurera éternellement en suspens. Une étincelle de peur jaillit dans ses prunelles claires juste avant que le couteau n’entaille profondément sa gorge. Il aimerait appuyer les mains sur son cou, ou tenter de se défendre, mais ses bras sont solidement attachés aux extrémités de son lit par les poignets.
La vie le quitte, il en a conscience. Ces dernières secondes de lucidité le lui signi ent clairement. Pas de lumière blanche, de sensation de bien-être ou cotonneuse pour lui. La mort ne lui octroie pas ce privilège, il a simplement droit à la souffrance dans sa violence la plus ultime. Une souffrance comme jamais il n’en a ressentie au cours de sa vie. Le tout, sous le regard bienveillant de son assassin qui n’en a pas encore terminé avec lui, ou plutôt, avec son corps.
Les idées de Pierre se brouillent, la douleur si aiguë jusqu’alors s’enfuit... en n !
Dimanche 3 novembre de cette année
Aujourd’hui, la salle du théâtre de Longjumeau est comble, le public écoute avec attention, subjugué et horri é à la fois par le récit d’Aurore Delormes. Elle raconte comment le tueur en série Ed Kemper a décapité la tête d’une femme pour l’enterrer ensuite dans le parterre de eurs préféré de sa mère. Le micro à la main, elle arpente la scène avec aisance.
Après un an d’arrêt maladie suite à l’assassinat de son mari par l’Égorgeur des bords de Seine, l’ancienne psychocriminologue de l’OCRVP1 a trouvé une étrange thérapie ; écrire. Mais pas sur n’importe quel thème : sur les tueurs en série. Résultat, cinq livres, et des participations à plusieurs scénarios de séries et de lms. Depuis plusieurs années, les serials sont à la mode, alors elle en pro te, gardant toujours à l’esprit que ces criminels existent vraiment. Cependant étudier les serial killers s’avère un exercice plus périlleux qu’il n’y paraît, car en embarquant insidieusement dans les méandres sombres de leurs fantasmes, il ne faut jamais basculer dans leur folie. Mieux comprendre l’homme, pour mieux appréhender le tueur relève du funambulisme psychologique.
À la n de la conférence, l’assemblée applaudit chaudement Aurore Delormes. Seule sur scène, elle pro te du bonheur que le public lui envoie. Elle rayonne. En apparence seulement, car son âme demeure à jamais marquée au fer rouge par la perte de son amour.