
Les îles ne sont pas des amies, mais des sœurs. Ce qui leur permet de se déchirer, de s’opposer, de s’ignorer, tout en restant proches. Leur aspect est différent, mais elles vivent les mêmes histoires, elles voient le monde de la même façon.
Divorcé entre deux îles, Okuba Kentaro tente ici, dans ces petits textes lumineux et sans prétention, de jeter un pont entre Corse et Japon.
Un livre pour les curieux du monde insulaire.
SHIMA
OKUBA KENTARO
Parce qu’elles sont circonscrites, tracées à la craie ou burinées par le roc, les îles se rêvent uniques.
Mais en fait, elles ne sont que vivantes, et donc isolées. Et donc multiples.
Et mêmes.Ce qui signi e toujours une perception douloureuse de soi, lorsque l’on se croit mèche primale et que l’on relève, comme les autres, du suif universel.
Les îles ne sont pas des amies, des camarades de guerre de la vie, ces unités disparates qu’une situation identique assemble dans l’affection, mais des sœurs, issues d’une similaire origine, procédant d’un air de famille, d’une lignée, et dont les traits et les caractères plutôt que de s’af rmer se confondent in ne, malgré elles.
Car leur unicité est fantasme.
Sans le savoir, elles s’uniformisent par leur même tendance à considérer
l’étranger, leur même prétention à se croire rares et incompréhensibles, leur même furie à canaliser leur peuple dans l’entonnoir étriqué de la spéci cité.
Authenticité de l’insulaire ?
Leur identité est irréalisable. Sinon par l’esprit. Ou ce qui correspond le mieux, par la langue.Ici, attention aux mots et à leur emportement. Je suis, concerne la pensée occidentale, et peut s’avérer impropre à traduire d’autres états culturels.
La conscience de soi évoque mieux ce vocable universel que Japon, Corse, Ré, Angleterre, Samoa, Chios, Malouines, Philippines et tant d’autres répètent en leur for intérieur.
Comme une question sans réponse. Ressassement du ressac des mots, sidération du sens. Les îles se bloquent dans le monologue...
Allers retours sans n de leur conscience, jusqu’à ce que les identités elles-mêmes ne signi ent plus rien. Quelques myriades diluées dans l’in ni du sens.
« Les humains sont des îles de bois, de chair et de mémoire, qui dérivent sans n et qui parfois le soir se croisent, se heurtent et repartent, sur une mer bien noire, acide, corrosive. Ils attendent alors, égrenant leurs prières, leurs doutes, leurs fragilités, de grandes aubes d’huile, dorées, pleines de poissons volants étincelants éphémères, comme des mains tendues. »
Alain Cadéo, Des mots de contrebande...
Les îles seraient donc ces navires qui se croisent dans la nuit, cornes de brume, sourdes et puissantes à la fois. Écoutez les glisser dans la nuit de l’âme, c’est comme la rumeur monstrueusement inquiétante d’une lame de fond qui grandit et se rapproche.
Écoutez et fermez les poings préparez-vous.
Les îles n’effraient pas, elles sont depuis toujours territoire de la peur.- 979-10-97515-53-9
Livre broché - 140 pages - 150g
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