"Est-ce le plaisir de briser l’interdit qui m’attire vers toi ? Ou la dissimulation ? N’y a-t-il rien de plus furieusement érotique qu’une forme dissimulée, à condition bien entendu que la forme ne soit pas estompée ? Zeus lui-même n’a-t-il pas eu besoin de cette dissimulation, pour accomplir ses amours ?
Ce n’est pas une soirée... mais une nuit entière qui nous maintiendrait éveillés sous un joug de délices, au regard de la diversité de ce thème.
Une nuit, comme celle qui se profile dans ton palais, et à laquelle, avec tant de déicatesse... tu m’invites.
Quel honneur, pour entrer dans le merveilleux de cette demeure d’éternité, que de revêtir ce voile de gaze.
D’où vient ce léger courant d’air qui le fait vaciller ?
Je te suis et avance, tout près. Sens-tu mon souffle chaud sur ta nuque ?
Le désir d’enserrer ce corps que je talonne brûle mes mains, mais celles-ci ne s’y hasarderaient pas : je connaîs les lois, que l’on ne m’a pourtant jamais enseignées.
Fille des éléments, je t’adresse ma plus sensuelle musique et me soumets à ton pouvoir.
Initie-moi pour que je naisse à nouveau dans ce palais d’Orient aux senteurs variées, sucrées.
Laisse-moi suivre le faisceau éblouissant de ta connaissance, que je chéris désormais autant que son enveloppe.
Les hommes et les divinités n’ont rien à envier à notre connivence !
Est-elle bénéfique ? Maléfique ?
Peu importe. Tes multiples visages m’ensorcellent sur cette dalle où je progresse, pieds nus, entre crainte et fascination.
Tu structures mon imaginaire, en le cinglant d’une admiration démesurée pour le feu de tes mots, en repoussant sensuellement ses contours, en le bordant de tes lois obscures, qui se résument désormais en moi sous le mot grec Anankè... : nécessité.
Ah !... Si tu me le permets, je garde au sud, esclave en robe longue, ton feu interieur et l’entretiens secrètement, jalousement, au creux de notre crépuscule.
Mes pensées logent dans ton palais.
Le bonheur de te lire à nouveau demeure si mystérieux... Mais après tout, la passion n’a-t-elle pas besoin de mystère pour naître ?
Romilda.
Elle sursauta. On frappait fort à la porte du bureau.
Romilda leva la tête et aperçut Laura, qui, dans ses grands gestes, lui fit tout à coup quitter un monde pour un autre, peut- être plus insolite encore. Elle avait oubliéson message, reçu plusieurs heures plus tôt, et qui l’informait de sa venue. Romilda l’embrassa, Laura la serra tout contre elle, et afficha une telle mine, qu’une dose de vitriol en pleine figure ne l’aurait pas fait grimacer davantage : Romilda était une nouvelle fois en culotte et nageait dans un haut de survêtement dont la capuche retournée formait une excroissance étrange, de profil."...