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La prairie, à perte de vue.
Une centaine de personnes, réunies à l’orée de la forêt, toutes immobiles, les yeux fixés sur l’horizon, guettent les premiers rayons du soleil. Un groupe d’Indiens, des descendants de la tribu des Nez Percés, assis en cercle autour d’un feu, entonne un chant tribal. Leur fragile murmure se perd dans les airs comme une fumée sacrée. Au centre de l’assemblée, une Indienne, âgée, les cheveux attachés, attend. Les yeux fermés, assise sur le sol, les jambes croisées, les paumes tournées vers le ciel, la tête relevée, le corps seulement couvert d’une peau de bête. Plus un mot, plus un bruit, juste la musique, le souffle délicat du vent, le bruissement discret des feuilles dans les arbres et des hautes herbes dans la plaine. Le temps semble suspendu. La lumière s’intensifie, l’horizon s’illumine. Les Indiens se lèvent d’un même mouvement. Ils entament une danse rituelle, marquent le rythme en frappant le feu avec de longs bâtons, propulsant une myriade de minuscules braises rougeoyantes dans les airs.
Le soleil apparaît. Les Indiens s’immobilisent, les chants se taisent. Un couple d’aigles suspend son vol. Les chevaux, attachés aux arbres, se redressent. À l’écart, au sommet d’une butte, un loup blanc, le front frappé d’une tache sombre, observe la cérémonie. L’Indienne, le visage illuminé par les premiers rayons de lumière, ouvre les yeux. Elle se lève et fixe le disque flamboyant émergeant au loin. Elle laisse glisser la peau de bête, dévoilant ainsi son corps au teint mate. Une fois libérée, sa longue chevelure grisonnante danse dans le vent. Elle marche d’un pas lent en direction de la plaine. Les membres de la Communauté retiennent leur souffle. Des soupirs, des gémissements, des pleurs.L’Indienne s’éloigne de la forêt, s’engage dans leshautes herbes. Les chants recommencent, à peine perceptibles. Elle ralentit, s’immobilise. Elle écarte les bras et relève la tête comme pour implorer le ciel de lui accorder son attention. Les rayons du soleil la pénètrent, la traversent. Lentement, son corps se désagrège en une fumée de poussière blanche immédiatement balayée par la brise matinale.Les chants s’intensifient, les danses reprennent. Bientôt, il ne reste plus rien d’elle. Disparue. Évaporée dans la nature.
Ainsi se termine la longue vie d’Aliesha, doyenne d’Oldforest, un matin d’été. Molimo soupire. L’heure vient pour lui d’endosser son rôle. Les membres de l’assemblée se recueillent encore un moment, puis, sans un mot, ils se dispersent dans la forêt.