Hier il a plu toute la journée, le chemin drainait une boue grasse et visqueuse, le canal menaçait de déborder, de larges nappes vertes et noires ottaient mollement sur l’eau comme si quelqu’un s’était amusé à y déverser des bidons d’essence. Une forte odeur d’acétone se répan- dait partout et se heurtait à celle, plus douce, des blés mûrissants.
Vautrée dans un fauteuil de vieux cuir labouré par mes chats, je feuil- lette, pour la énième fois, un vieux livre abandonné.
La dédicace à moitié effacée ne laisse pas deviner le nom de l’auteur.
Je le lis et le relis, toujours avec plaisir.
Enfin plaisir n’exagérons rien, la notion même de plaisir m’a désertée depuis longtemps.
Disons qu’il m’est agréable de toucher ce vieux papier, bien à l’abri sous une couverture en mohair, en pleine campagne grise et pluvieuse. Il regorge d’histoires anglaises désuètes, pleines de thés et de quiproquos.
Il m’arrive d’en rire toute seule. C’est rare, je dois préciser que je ris assez peu.
Pour ainsi dire jamais.
Rien dans cette maison n’engage à la gaieté.