
Troisième tome d'une collection de 6 volumes !
CALAMITY FLOP - Panique au Collège Saint Louis
Quand Calamity et Lisa découvrent une offre d’emploi pour un homme à tout faire au collège, elles pensent immédiatement à Freddy.
Mais sans adresse ni téléphone, impossible de postuler.
Face à cette injustice, les deux amies décident de se mobiliser.
Ce qui commence comme une idée naïve devient une véritable action collective.
Et si deux collégiennes pouvaient faire bouger les
lignes d’un système trop rigide ?
CALAMITY FLOP - Panique au Collège Saint-Louis
Bénédicte ROUSSET
Panique au Collège Saint-Louis
Moi, c’est Calamity. Calamity Flop.
Mon nom et mon prénom m’ont valu des moqueries mais, aujourd’hui, je les porte avec fierté grâce à Freddy, un sans-abri. Sa place, c’est sur le trottoir devant l’église, pas loin de chez moi.
Ce matin, avec Lisa, ma meilleure amie, on a une sacrée nouvelle à lui annoncer, à Freddy. On a appris ça au collège. Un affichage dans le hall. Dix-sept heures, on a attendu ce moment toute la journée.
Lisa me parle avec une sucette au coca dans la bouche.
– Tu crois qu’il va être content ?
– C’est sûr ! Tu te rends compte ?
Encore deux rues, on dépasse la boucherie, le café et on y est. Freddy
est là, avec son chapeau de cowboy vissé sur la tête et ses orteils qui
sortent de ses chaussures. On se rue sur lui.
– Bonjour Freddy !
– Bonjour mes petites !
Lisa reste debout, je m’assois à côté de lui, mes yeux pétillent d’excitation.
– On a trouvé un travail pour vous !
– Oui, dit Lisa, enfin le collège quoi.
Freddy me fixe, incrédule.
Je lui explique qu’on a vu une offre d’emploi dans le hall : « Le collège
Saint-Louis recrute un " homme à tout faire ».
Il se frotte la barbe.
– Un homme à tout faire qui ne sait rien faire, dit-il, c’est pas banal.
Je crie presque :
– Mais enfin, vous avez eu une écurie western, vous savez tout faire !
Freddy désigne le trottoir, la place, ses chaussures trouées.
– Voilà où ça m’a mené.
– Mais… c’est pas ce que vous avez voulu !
– Ça fait longtemps que je ne suis plus de ce monde.
Lisa aspire sa sucette sans parler. L’air de Freddy m’attriste. Il n’est pas
négatif d’habitude. Une sorte de colère monte en moi. Je me lève.
– Ben si ça vous plaît de finir là, avec vos orteils qui sortent et tout… Si votre fille revient, elle fera demi-tour illico.
À ces mots, il se redresse.
– Ils cherchent quoi tu dis ? Un homme à tout faire ?
Je me rassois à côté de lui.
– Oui, vous savez, il y en a dans tous les collèges. Celui qui change les
ampoules ou installe un nouveau tableau. Celui qui bricole, répare,
entretient !
Freddy a l’air de réfléchir. Il hoche la tête.
– C’est où ?
– À notre collège.
Son regard va dans tous les sens. Je lui indique la route. S’il part tout de suite, il y est dans un quart d’heure. Il se lève puis se rassoit et regarde ses pieds.
– Ils voudront pas.
– Comment ça ?
– Ils voudront pas de moi.
Lisa lève les yeux au ciel et croque dans son reste de sucette. Je croise les bras haut sur la poitrine, avec un air de défi :
– Je croyais que vous étiez courageux.
Il paraît abattu. Peut-être que tout n’est pas si facile mais il doit essayer.
J’insiste. Il me promet d’y aller. Je m’égaie :
– Allez-y maintenant ! L’accueil ferme à dix-huit heures !
– Sauf que celle de l’accueil est débile, dit Lisa.
– On s’en fiche !
– Tu as raison, dit Freddy en se levant pour de bon. Qui ne tente rien n’a rien.
– Voilà ! Demain, vous nous direz.
On se sépare et, quelques mètres plus loin on se retourne tous les deux en même temps. Je lui adresse un au revoir, Lisa agite le bâton de sa
sucette :
– Vous pouvez le faire monsieur Freddy ! D’ailleurs, me chuchote-t-elle
à l’oreille, il a un nom de famille ?
– Ben forcément. Tout le monde en a un.
– Même les clochards ?
– Mais oui !
Lisa me questionne encore :
– À quelle adresse les gens lui envoient du courrier ? Genre, ceux qui veulent lui envoyer une carte à Noël ?
– Personne ne lui écrit jamais, Lisa. C’est aussi simple que ça.
Elle jette son bâton dans le caniveau.
– Moi y a Mathéo qui m’a envoyé une carte postale pendant les vacances. Y avait un petit chat avec des cœurs et des fleurs dessus. La honte.
On arrive devant chez moi en pouffant.
Mathéo, c’est un garçon de la classe. Son problème selon Lisa, c’est qu’il est moche. De toute façon si elle veut se mettre en couple, elle a le choix : tout le monde est amoureux d’elle.
Lisa se met à imiter la démarche de Mathéo, on dirait qu’elle avance sur un fil. C’est drôle, elle sait trouver chez les gens le détail qui fait qu’on les reconnaît tout de suite. Par exemple, pour me refaire, elle a juste besoin d’enfoncer les mains dans les poches d’une certaine façon et hop, c’est moi. Quand elle le fait je me dis que je suis quand même un peu garçon manqué.
On se dit à demain en riant.
9782487261631
Livre broché - 122 pages
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