
Premier tome d'une collection de 6 volumes !
CALAMITY FLO - Ce satané prénom
Calamity Flop adore l’école. Vraiment.
Jusqu’au jour où son prénom devient une arme contre elle.
À l’entrée en sixième, les moqueries s’installent, sournoises, répétées, paralysantes.
Incapable de riposter, Calamity s’enferme dans le silence… et dans l’eczéma.
Alors qu’elle doute d’elle-même, une amitié inattendue avec Freddy, un sans-abri du quartier, va l’aider à reprendre confiance.
Et à transformer sa faiblesse en force.
CALAMITY FLOP - Ce Satané Prénom
Bénédicte ROUSSET
Ce satané prénom !
— Maman ?
— Oui ?
— Tu veux observer ma morve au
microscope ?
— Allez.
Elle regarde, elle fait « berk » et elle
repart bricoler.
La sixième, il paraît que c’est super
pour ça : on a une matière où on fait
des expériences. Je me suis entraînée
tout l’été à cette nouvelle vie : j’ai fait
trois cahiers de vacances et je préfère
ça aux séries ou aux dessins animés.
Lisa me dit que je ne suis pas normale.
Lisa, c’est ma meilleure amie.
9J’aime l’école depuis le jour où j’y ai
mis les pieds. L’odeur des fournitures,
des feuilles, du plastique, de la colle.
J’adore essayer mes nouveaux feutres
et les ranger bien comme il faut dans
mon sac. J’ai toujours eu des
maîtresses et des maîtres sympas, qui
me donnaient du travail en plus, et des
camarades drôles et gentils.
Quand la sonnerie retentit, je me dis :
« déjà ? », alors que les autres se
bousculent pour partir en courant. Je
pourrais dormir à l’école tellement
j’aime ça. Enfin, avec des réserves. J’ai
horreur du sport par exemple, ça me
donne chaud, ça me met toute rouge.
Tout ce qui est créatif aussi, je déteste.
Le papier mâché, les constructions, je
10suis nulle. En CM2, la seule étoile de
Noël qui ne scintillait pas à cause d’une
soudure ratée, c’était la mienne, mais
tout le reste me plaît.
Je suis une petite fille modèle, une
fayotte.
Enfin, j’étais.
Jusqu’à cette rentrée en sixième.
L’horreur. Vous ne pouvez pas
imaginer.
— Calamityyyyy ! À table !
Je finis ma page, je referme mon livre et
je descends. Papa arrive juste du travail,
il me fait un bisou, on finit de mettre la
table et on s’assoit.
Mes parents se racontent leur journée
pendant que mon petit frère grignote
11son morceau d’essuie-tout en attendant
les lasagnes. J’aime bien les écouter
parler. Ils ne se disputent jamais, ils se
parlent gentiment, pas comme chez
Lisa.
Ils se sont rencontrés dans une soirée
déguisée pour le départ en retraite d’un
collègue. Maman était en Calamity Jane,
« cette héroïne du Far West, forte et
indépendante », selon elle, et papa en
cowboy. Il a renversé son verre sur elle et
s’est excusé. Ils ont ri, elle a dit : « on se
croirait au saloon » et ils ne se sont plus
quittés. Mes parents se sont juré que s’ils
avaient une fille, ce serait Calamity, et
pour le garçon ils ne savaient pas.
Finalement, ça a été Billy, comme Billy
Claiborne, un hors-la-loi américain
12membre d’un gang de cowboys.
Il y a onze ans ils ont eu une fille et c’est
tombé sur moi. Sauf qu’avec Flop
comme nom de famille, ça sonne tout de
suite moins conquête de l’Ouest.
Pourtant, on me dit que ça me va bien.
Quand je renverse mon verre : Ohhh…
Calamity ! Quand je raconte une
blague : Ohhh… Flop. On ne peut pas
dire que ça m’ait dérangée, jusqu’à cette
fichue rentrée.
Ce matin-là il fait grand soleil. Maman
m’accompagne, on croise Freddy, le
clochard en bas de la rue. Je ne sais pas
combien de temps ça fait qu’il est là,
sur le trottoir mais je l’ai toujours vu.
Je n’ai pas trop le droit de lui parler,
13maman dit que je pourrais attraper des
poux et papa dit que j’apprendrais des
gros mots (de toute façon je les connais
tous).
Au début maman m’obligeait à lui dire
bonjour alors je haussais les épaules,
coincée et je lui adressais un bref salut.
Maintenant ça ne me dérange plus, j’ai
l’habitude. Il n’a plus beaucoup de
dents et il sent le fromage mais il est
gentil.
Ce qui me fait le plus honte, c’est
quand il dit bonjour et que les autres
ne répondent pas, même ceux qui lui
donnent une pièce. « Bonjour » que je
lui dis, assez fort pour rattraper tous
les autres qui ne le voient pas ou ne
l’entendent pas (mon œil). Lisa par
14contre, elle n’a carrément pas le droit
de lui dire bonjour. Ses parents le lui
interdisent. Papa dit que ce n’est pas
de leur faute s’ils se méfient, que les
gens ont peur de ce qu’ils ne
connaissent pas mais que, du jour au
lendemain, pouf ! on peut se retrouver
à sa place. Je ne vois pas comment ça
pourrait arriver vu que quand on a une
maison et un travail on est assuré du
reste mais bon.
Le dimanche matin, quand
9782487261624
Livre broché - 114 pages
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